Cuire : le devenir de pizza

Centre CLARK, Montréal, janvier-février 2024

L’exposition regroupait cinq tableaux installés dans le petit espace du Centre CLARK, au sol étaient posés deux néons, un en avant, un en arrière, branchés chacun aux prises électriques murales par un cordon orange. La pièce était plongée dans une semi-pénombre, comme dans un antre, un four au volume géométrique assez propre.

Les tableaux de la série voulaient évoquer une sensation physique, celle, terriblement cruelle, de cuire intérieurement. Cela peut aussi évoquer la question de la chaleur dans l’air du temps, la guerre, l’amour, plus simplement. Car mon approche est aussi intimiste, explore des sentiments très humains, comme la passion ou la peur de la catastrophe. Le titre de la série fait un clin d’œil au concept Deleuzien de devenir, qui m’avait accompagné pendant ma recherche doctorale.

Je ne m’intéresse ni aux brûlures, ni aux cicatrices, ni à rien de médical. Simplement, je voudrais pouvoir imaginer, et peindre, un corps soumis à un haut degré de température, comme être surchauffé par un soleil intérieur, la pierre devenant lave. L’individu est nécessairement soumis à des pressions de toutes sortes, provoquant réaction physique et chaleur, plus ou moins élevées selon l’intensité du stress. Cette chaleur intense est le signe d’une transformation psychologique, émotionnelle et conceptuelle. Pourquoi, depuis la peinture classique à nos jours, personne n’a jamais figuré cette passion si récurrente en nous, l’espoir d’une vie meilleure ?

2022 Habiter

Ce projet a pour thématique le paysage sensible. Paysage, qui, pour devenir corrélatif à l’expérience j’ai de lui, doit être multidimensionnel. D’abord il y avait des photographies prises en Tunisie et d’autres prises au Québec, certaines étaient récentes, d’autres anciennes de plusieurs dizaines d’années.

Le bord désigne une frontière entre deux espaces : ceux qu’on connait et ceux qu’on imagine. Un bord sépare le brouhaha du monde des faits qui nous concernent intimement. D’où nous vient alors ce désir de tutoyer ces limites, si ce n’est parce qu’on veut toujours voir un peu plus loin, un peu plus haut, un peu mieux. La peinture est intrinsèquement liée à ce tutoiement des bords dans le sens où il s’agit de vouloir mieux voir le monde.

Dans cette série de paysages, l’ici et l’ailleurs se juxtaposent sans se mélanger. Le motif central des tableaux ne laisse entrevoir le fond que par les bords, le premier plan et l’arrière-plan s’excluent frontalement. Le contour des choses dessine des limites où la matière intérieure, des plaines, des murs, est traversée de forces vives, excluant des plans où d’autres forces agissent. Enfin, tout ce qui semble désordonné est contenu par des limites géométriques.

À l’occasion de l’exposition, certaines toiles ont été associées de façon à interagir selon la même logique, mais aussi avec l’espace atypique du lieu, angles, colonnes, tuyaux d’aérations. L’exposition a pris forme à la suite de belles discussions avec Sébastien Cliche, qui en était en partie commissaire.

2022 L’envers étroit de la distance

 Ce projet a été réalisé lors de la résidence du 40ᵉ Symposium international d’art contemporain de Baie‑Saint‑Paul, sous la direction artistique d’Anne Beauchemin, dont le titre était : Connecté – interconnecté : le monde numérique en question

Les quatre peintures réalisées lors de la résidence ont été créées à partir de photomontages. L’occident y est représenté par des références, comme un vraquier (bateau transporteur du Saint-Laurent), un chalet, ou encore de la neige, une planche à pagaie, l’orient est plutôt présent par les végétations du Sud tunisien, du désert, etc. La puissance occidentale bouleverse le reste du monde, en tout cas le Maghreb, socialement, économiquement, écologiquement, et souvent le détruit.

2021 Les mille nuits

Pour la série Mille nuits je réfléchissais à la situation sociopolitique du monde arabe. Je voulais utiliser les images et les expressions de la langue arabe pour aboutir des situations plastiques proposant une lecture poétique de la vie des gens sur place, leurs inquiétudes, mais aussi leur instinct de résilience et de joie. Les peintures s’appuient sur une iconographie particulière : la tractopelle qui détruit, les chantiers infinis de constructions ; les chiens et chats errants, compagnons résilients qui sont partout autour de ces chantiers ; le lion, figure dans la langue de la domination arbitraire, mais aussi du combat, du courage, du pouvoir ; les mosaïques des espaces publics et privés ; la tête de bœuf, animal consommé ou sacrifié religieusement, symbole ici d’une révolution avortée, décapitée.

Archives

L’onglet Peintures montre quelques-unes de mes peintures réalisées pour mon diplôme des beaux-arts (DNSEP en 2005) et des peintures réalisées en Tunisie de 2006 à 2011 environ.

L’onglet Dessin montre la plupart des dessins réalisés en Tunisie, au fusain ou à l’encre, réalisés parfois d’après photos, et souvent d’après nature.

2020 La meute et le palais

Le contexte :

Carthage, cité Punique fondée aux environs de 814 AV. J.-C. par des colons phéniciens (Tyr, actuel Liban) était une puissance agricole et militaire, et de fait, un carrefour entre l’Orient, l’Afrique et Rome. Étymologiquement, Carthage signifie «

« Nouvelle Ville ». Son oligarchie n’a pas su faire l’économie de tensions avec les peuples autochtones, et c’est ce qui fut, probablement, la raison de sa chute, et de sa destruction en 146 AV. J.-C. Les civilisations s’y sont ensuite succédé, romains, vandales, byzantins, arabes, etc., jamais elle n’appartint aux autochtones.

Pour ceux de ma génération, Carthage était le lieu impénétrable du palais présidentiel, centre du pouvoir dictatorial de l’ancien président Ben Ali. Carthage symbolisait pour nous la violence de l’état de la classe dominante. Sans doute elle est la ville actuelle en Tunisie où le niveau de vie par habitant est le plus élevé. Lors de la révolution de janvier 2011, Carthage fut prise encore une fois. On aurait pensé par le peuple cette fois. Mais elle s’est aussitôt refermée sur elle-même, tombée dans les méandres de la corruption et du populisme.

Le projet (non installé) :

Deux murs sont en vis-à-vis recouverts de petites peintures, huiles sur papier. Le premier est constitué de la répétition de la même image de chien, qui, ensemble, forme une meute. Sur le mur opposé, selon le même principe, une même image (buste photographié à Carthage) démultipliée représente les colonnades d’un palais fictif. Plus précisément, ce deuxième mur, en face de la meute, est constitué des images d’un buste sans bras, ni tête, ni jambes ; d’une tête avec un encensoir sans corps, coupée au niveau des yeux, également provenant du musée de Carthage ; des palmiers nains, plante décorative qu’on retrouve le long des avenues, mais aussi dans les riches jardins. Ensemble, tous ces motifs reconstituent les décors d’un lieu de pouvoir. Le projet consiste donc à recréer cet évènement que fut la révolution en Tunisie en me servant, entre autres, d’images d’objets du passé.

Végétal 3

Études

études autour de la série Venus&Venus (parents et enfants )