Centre CLARK, Montréal, janvier-février 2024

















Cuire, rôtir, en enfer ou sur terre. Tout l’inverse d’une sensation céleste. Cuire, c’est être ici et maintenant, vivre le monde sans fuite. Ou c’est plutôt lorsque la réalité nous rattrape. Tomber malade, tomber amoureux, perdre quelque chose, espérer fort, attendre quelque chose qui, avec divers degrés d’intensité, n’arrive pas : son hamburger quand on meurt de faim, le message d’un amant. Ces moments s’auréolent d’une sensation physique qui nous fait passer du neutre au chaud, c’est devenir sensible, vivre le présent dans les nerfs et dans la chair. Je m’interroge sur la cuisson du corps humain seulement au sens métaphorique, je ne suis pas Freddy Krueger. Pourquoi, depuis la peinture classique à nos jours, personne n’a jamais figuré cette sensation féroce et pourtant récurrente en nous ? Ce sont seulement les faits, l’espoir d’une vie meilleure, les circonstances.
Quand cette sensation vient-elle nous chercher ? Au lit au réveil, ou pendant les insomnies. L’air de rien, il faut chaud. Parfois c’est par accident, en remarquant l’absence de nos proches. Parfois, c’est juste une extraordinaire frustration. L’idée du projet est de prendre tout ça avec philosophie, recul et humour.
Pour ne pas qu’il y ait de mésententes, je ne parle de rien de macabre ni de moraliste, il n’est ni question de mort ni de religion. L’enfer, s’il y en a un, c’est ici maintenant tout de suite. La cuisson, c’est un état de choses, c’est l’effet du monde sur notre un corps. Et je ne suis certainement pas le seul, en regardant le monde qui m’entoure à croire être dans un four et cuir doucement.
Je ne m’intéresse ni aux brûlures, ni aux cicatrices, ni à rien de médical. Simplement, je voudrais pouvoir imaginer, et peindre, un corps soumis à un haut degré de température, comme être chauffé par un soleil intérieur, une fission nucléaire en soi. La pierre devenant lave. Il s’agit peut-être également de mêler la volonté de bien-être dans nos vies, la réalité de la sensation avec quelque chose de plus mystique.
Le titre est une parodie du devenir Deleuzien : le devenir pizza, sous-entendant le devenir pizza de l’homme. Ayant été familier du concept du Devenir deleuzien, je m’en suis depuis longtemps rassasié, même si j’y crois vraiment. C’est une manière d’en proposer une vision personnelle. L’individu est nécessairement soumis à des pressions de toutes sortes, provoquant une réaction physique et une grande chaleur, plus ou moins élevées, selon l’intensité du stress subit. Cette chaleur intense est le signe d’une transformation intérieure, psychologique, émotionnelle et conceptuelle. En même temps, tout le monde aime les pizzas.







































































































