Texte

Démarche

Je travaille d’après des photos que je retouche numériquement. Il ne s’agit pas de détruire l’image mais de la transformer en motif, d’en extraire un motif. En ce sens, la photo est creusée jusqu’à ce qu’en émerge un certain rapport de formes et de couleurs. En combinant la photographie, l’appareil numérique et la peinture, j’essaye d’inventer un langage visuel qui passe par la décomposition ou la répétition du même, la rupture brutale du volume et sa transformation en plan, l’étirement et la déformation, etc.

Je sélectionne de la photographie deux ou trois couleurs, pas nécessairement dominantes, à partir desquelles je crée des espaces colorés, numériquement, en adéquation avec le motif. Sur ce fond, les figures, ou fragments de figures, sont détourées géométriquement, rompent brutalement avec les courbes des lignes charnelles, intégrant le volume au monde des surfaces, et même à l’espace numérique de calcul.

La toile de la peinture est assimilée au bureau virtuel d’un logiciel dont elle reprend le langage et le processus –   que par conséquent elle interroge. En montrant que la peinture peut être aussi un écran d’ordinateur, le motif peint devient une figure virtuelle dans un espace virtuel. Les outils numériques qui préparent le travail du pinceau proposent un nouveau genre de geste de peinture.

Ce n’est qu’à travers un appareillage (la photographie, l’objectif, l’ordinateur) que j’aborde mon « sujet ». Ce dernier transit par mon disque dur, soit sous forme de code, soit joué sous frome d’image à l’écran. De là, on peut s’interroger sur les appareils qui nous donnent à voir le monde. Ma peinture lutte peut-être également contre la modélisation propre au numérique par le subtil désaccord qu’elle introduit dans les surfaces, entre matérialité et programmation, calcul.

Les sujets demeurent énigmatiques, et son souvent des métaphores personnelles. Ici les portraits sont souvent mis en équation avec des panneaux abstrait, où plans de couleur et lignes de fuites indiquer peut-être cheminement mental, des idées d’avenir, des choix ou des décisions à prendre, en eux-mêmes abstraits et variables. Les motifs végétaux prolongent en quelque sorte l’idée de réseau ou de trame émergeant à partir motif vivant, organique. Il se construit des avenues insoupçonnées, se creuse des profondeurs, des espaces qui divisent et prolongent le corps.

 

H.G.

 

Text by Marsha Taichman

Végétal

Hédy Gobaa uses his immediate surroundings as his subject matter. Gobaa presents recognizable flora in a disembodied context, and the result is at once familiar and jarring. As of late and in this exhibition, he paints flowers found on walks in his neighbourhood, and others that he purchases at various florists. His production techniques are involved: He gathers or buys these flowers, photographs them extensively, and then selects and distorts about five percent of the collected images in Photoshop. He then takes a few of these warped digital images, projects them on a wall, and paints from that representation. The images are translated many times before they arrive at anything approximating the resulting paintings.

Gobaa uses digital editing to create the abstractions, what he calls the “realistic illusions” that populate the canvases. Yet there are recognizable flowers in the paintings in this exhibition: Pink carnations bloom in one work, their frilled petals at first burst forth in many shades of bright pink. Upon closer inspection, these petals dissolve into the unexpected geometry of squares and triangles. In another painting, the heads of carnations, seemingly from the same bunch as the ones previously detailed, foreground streaks of hot pink, red, white and black. The background colours are derived

from the colours of the petals, stamens, and stems, and form is reduced to colour and texture. The backgrounds in these works are extensions of the foregrounds, and vice-versa.

What Gobaa is trying to show the viewer is that painting depicts derealized objects rather than actual ones, like his renderings of flowers. The photographic representations are digitally flattened versions of what once was, and perhaps what no longer is: The paintings perform a high tech memento mori. Reproductions of these works are more photorealistic than the paintings themselves. Stand before one of these large works and you see the brushstrokes, it may be easier to understand his artistic intent.

These paintings are reminiscent of the complicated, emotive works of Gerhard Richter, who can paint an abstract canvas that is challenging and interesting, followed by a hyperrealistic portrait that is seemingly devoid of brushstrokes. Unlike Richter, Gobaa’s works manage to synthesize and unify many different styles on a single picture plane, creating works that are uniquely his own.

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