Végétal 3

D’un monde à l’autre

Venus & Venus

Au commencement du projet, j’avais imaginé une femme étendue dans l’ombre, au bord d’une route au milieu de nulle part, en lisière de forêt, qui aurait pu avoir un accident ou avoir été abandonnée dans la nuit. L’idée a évolué et est devenue la peinture d’une femme dans la nuit, ou dans un vide sombre, sous un ciel comme surplombée par des planètes, une lune/œil, étrange soleil. Le rêve, le fantasme, aussi la sexualité y sont un don de soi à la nature, liant la vie à la mort, dans le cycle qui va de l’enfantement à la disparition. Cette peinture a donné naissance à une série Venus & Venus abordant les questions de l’individu, homme, femme, enfant, dans  la cosmogonie, perdu dans ses actions bénignes, lorsque le désir est sous l’influence d’une machinerie cosmique. J’ai de nombreuses fois visité les sites archéologiques gréco-romains en Tunisie dans mon enfance, on peut y retrouver cet écho lointain, première référence à l’Olympe. On y trouve encore de nombreuses statues en marbre blanc, de dieux, déesses. Au fil du temps, elles se sont brisées. Comme un double de nous-mêmes, elles nous renvoient à nos identités perdues dans les remous du temps. Leurs corps, accomplissant des actions, sont pétrifiés.

 

Olympia

Olympia combine au départ corps nu et végétaux, et se réfère probablement aux œuvres de Gauguin en Polynésie, notamment l’allégorie D’où venons nous, où allons-nous. On y voit des corps à moitié nus en lisière de forêt. Le tableau parle de la traversée de la vie, de la naissance à la mort, et au centre, il y a Ève. Gauguin se réfère lui-même à l’art autochtone polynésien, mais aussi à l’art égyptien, aux allégories bibliques, etc. J’ai voulu m’approprier cette vision primitive du paradis, toujours énigmatique et fascinante. L’Éden, aussi bien que l’Olympe, au bout du monde, sont inaccessibles. Cette traversée, j’ai voulu la voir comme un effort sportif : plus parcours d’obstacle que traversée ; luttes intimes contre soi-même et pour les autres. L’effort produit des intensités variables, des forces de contradictions et de contractions, d’étirements, des chutes, des aveuglements, des démembrements.

2019

2018

Huiles sur papier

 

 

2009

Famille

 

On peut considérer la famille comme une entrave, que l’identité ne se conquière que par un processus de désaffiliations, de séparation et de désaveux. Ce n’est pas cette limite que j’ai voulu mettre en scène. Je cherche le lieu d’une lutte fondatrice, de l’effort volontaire qui produit de l’auto-libération, vis-à-vis d’un arrière-plan, parfois protecteur, parfois menaçant.

On ne peut y vivre sans être observé et observer soi-même. C’est le lieu des apparences et souvent des évidences. Ainsi, même si chacun des protagonistes regarde dans une direction, comme on peut le voir dans les tableaux, nous savons qu’il y a en fait qu’un seul faisceau de regard, commun entre eux, qui circule de l’un à l’autre, qui ne cesse pourtant de s’enrichir. Et ce lien mystérieux, toujours en mouvement, de passage, m’intrique. C’est lui qui est dépeint, tout autant que les individus qui en sont le vecteur. Une famille ne cesse de se transformer, tout le monde y grandit et y vieillit, elle est en constante évolution, nos corps s’y transforment, nos identités et nos mentalités, nos centres d’intérêts comme nos aliénations. Chacun des membres est un conducteur, un messager, un moteur.

 

 

Végétal 2

 

 

2010