2020

Cercles

Cercles évoque l’idée de la circulation, du déplacement, mais aussi d’une intériorité isolée. Cercles, ce sont un centre et une multitude de périphéries. Des périmètres, des  espaces, des lieux autour d’une unité que l’on ne trouve nulle part. Cercles, c’est une même forme géométrique répétée mais une infinité de variations. Cercles est au cœur du corps et de la pensée.

Le projet consiste en une série d’œuvres autour des mêmes quartes motifs, que la peinture fait à chaque fois différents, déclinés ou réorientés. C’est un peut comme une fouille archéologique, mais qui se ferait en surface, verticalement : la profondeur est au mur.

D’abord, j’avais trouvé une image dans mon ordinateur qui m’avait faite pensé aux prospectus publicitaires d’une destination touristique donnée (statue, palmier, ciel bleu, etc.). Cela avait déclenché un questionnement général sur la migration et l’identité. Comment comprendre, distinguer le déplacement ?

Il y a quatre éléments récurrents : la statue d’un torse tronquée, la statue du visage tranchée horizontalement au ras des yeux, le Husky, et un petit palmier.

Pour la Tunisie (pays où j’ai grandi), le Husky est un chien fantasmatique. Quand j’en voyais enfant, c’était dans des reportages télé, en voyage, tirant les traineaux. Le Canada avec son grand nord représentait alors ce qu’il y a de plus lointain. Lorsque je suis arrivé au Québec, je m’imaginais trouver à Montréal toutes sortes de monuments relatifs à ces histoires, notamment liés aux autochtones. Chien du voyage, il a été l’archétype du cycle, du nomadisme. J’aime la façon dont il est stationné dans mes peintures, en observateur distant, nous contemplant depuis le monde qui est le sien.

Quant à la statuaire antique, ces bouts de statues déterrées et exposées renvoient à un passé (Carthage) qui me porte mais que je n’ai pas connu. Ce berceau personnel fut celui de la fondation de mon individualité. L’introduire dans la peinture fait de ce passé un temps virtuel planant sur mon présent. D’une manière générale, les statues évoquent l’origine perdue, dissolue. Quel rapport avec mon ici et maintenant ? Est-il seulement nourrit de mythes ?

Le chien est témoin du passage. Il voit circuler l’univers virtuel du mythe, ne sachant faire la différence entre l’évènement local et l’Histoire. La refonte d’un dehors fait d’histoires, d’origine, de voyages, en un imaginaire personnel ou seule une quête picturale en définitive s’affirme. Comment exister dans un monde qui ne nous appartient pas et dont pourtant nous sommes les acteurs, sinon par la peinture ?

H.G. 2020

Végétal 3

D’un monde à l’autre

Venus & Venus

Au commencement du projet, j’avais imaginé une femme étendue dans l’ombre, au bord d’une route au milieu de nulle part, en lisière de forêt, qui aurait pu avoir un accident ou avoir été abandonnée dans la nuit. L’idée a évolué et est devenue la peinture d’une femme dans la nuit, ou dans un vide sombre, sous un ciel comme surplombée par des planètes, une lune/œil, étrange soleil. Le rêve, le fantasme, aussi la sexualité y sont un don de soi à la nature, liant la vie à la mort, dans le cycle qui va de l’enfantement à la disparition. Cette peinture a donné naissance à une série Venus & Venus abordant les questions de l’individu, homme, femme, enfant, dans  la cosmogonie, perdu dans ses actions bénignes, lorsque le désir est sous l’influence d’une machinerie cosmique. J’ai de nombreuses fois visité les sites archéologiques gréco-romains en Tunisie dans mon enfance, on peut y retrouver cet écho lointain, première référence à l’Olympe. On y trouve encore de nombreuses statues en marbre blanc, de dieux, déesses. Au fil du temps, elles se sont brisées. Comme un double de nous-mêmes, elles nous renvoient à nos identités perdues dans les remous du temps. Leurs corps, accomplissant des actions, sont pétrifiés.

 

Olympia

Olympia combine au départ corps nu et végétaux, et se réfère probablement aux œuvres de Gauguin en Polynésie, notamment l’allégorie D’où venons nous, où allons-nous. On y voit des corps à moitié nus en lisière de forêt. Le tableau parle de la traversée de la vie, de la naissance à la mort, et au centre, il y a Ève. Gauguin se réfère lui-même à l’art autochtone polynésien, mais aussi à l’art égyptien, aux allégories bibliques, etc. J’ai voulu m’approprier cette vision primitive du paradis, toujours énigmatique et fascinante. L’Éden, aussi bien que l’Olympe, au bout du monde, sont inaccessibles. Cette traversée, j’ai voulu la voir comme un effort sportif : plus parcours d’obstacle que traversée ; luttes intimes contre soi-même et pour les autres. L’effort produit des intensités variables, des forces de contradictions et de contractions, d’étirements, des chutes, des aveuglements, des démembrements.

2019

2018

Huiles sur papier

 

 

2009

Famille

 

On peut considérer la famille comme une entrave, que l’identité ne se conquière que par un processus de désaffiliations, de séparation et de désaveux. Ce n’est pas cette limite que j’ai voulu mettre en scène. Je cherche le lieu d’une lutte fondatrice, de l’effort volontaire qui produit de l’auto-libération, vis-à-vis d’un arrière-plan, parfois protecteur, parfois menaçant.

On ne peut y vivre sans être observé et observer soi-même. C’est le lieu des apparences et souvent des évidences. Ainsi, même si chacun des protagonistes regarde dans une direction, comme on peut le voir dans les tableaux, nous savons qu’il y a en fait qu’un seul faisceau de regard, commun entre eux, qui circule de l’un à l’autre, qui ne cesse pourtant de s’enrichir. Et ce lien mystérieux, toujours en mouvement, de passage, m’intrique. C’est lui qui est dépeint, tout autant que les individus qui en sont le vecteur. Une famille ne cesse de se transformer, tout le monde y grandit et y vieillit, elle est en constante évolution, nos corps s’y transforment, nos identités et nos mentalités, nos centres d’intérêts comme nos aliénations. Chacun des membres est un conducteur, un messager, un moteur.

 

 

Végétal 2