Contact

Tunis

Dans le cadre du projet destiné au Symposium de Baie Saint Paul 2022, qui a eu pour thème Connecté-interconnecté : le monde numérique en question, j’ai essayé une peinture de paysage pour une réflexion autour du territoire, de l’appartenance, de la migration et de nos conditions de vie contemporaine. L’idée était de créer des paysages hybrides, à partir de paysages de Tunisie, et de paysages de ma terre d’accueil, le Québec. J’ai préparé le symposium avec des peintures réalisées à partir de photos de mon ancien quartier en 2007, dans les banlieues de Tunis. Peinture spontanée, plus ou moins sale.

HOMME ESPACE ODYSSEUS (Baie Saint Paul)

La peinture devait être une fenêtre ouverte sur le monde, la perspective donnant une forme au lointain. Dans notre monde interconnecté, l’illusion est partout, et dans la main de tous. La fenêtre nous montrait maintenant presque l’avenir. J’ai été pour préparer ce projet à Djerba, en Tunisie. Les vieux des villages, dans les cafés, allongé seul à l’ombre ou en famille, les mères, les enfants, les adolescents, tous avaient une fenêtre ouverte sur le monde dans la main, le regard au loin, se projetant dans leurs fantasmes.

J’ai voulu parler de ce paradoxe. Dans un sens l’occident, par sa puissance folle bouleverse le monde, socialement, économiquement, parfois le détruit. Mais cette puissance, sans doute parce qu’elle est une puissance justement, attire, fascine, pour le meilleur et pour le pire.

Je voulais inventer un lieu commun entre la Tunisie et le Québec, fait de rêverie et de paradoxe. Il y a toutefois derrière ces peintures une forme d’inquiétude vécue.  L’occident qui arrive dans le paysage de la Tunisie est perçu comme un mauvais présage, un refroidissement : de la neige dans les aloès, des palmiers dans la glace ; un vraquier passe au large d’une petite île inondée, etc. Il y a comme dysmorphie dans l’échèle, le climat, dans l’espace qui s’aplatit, avec des volumes qui deviennent des surfaces.

Dans Juillet 2021, vacances à Bromont, on voit au premier plan une enfant agenouillée sur ce qui pourrait ressembler à une planche à pagaie, avec son gilet de sauvetage, scrutant au loin un paysage engloutit, et passe son chemin. À l’origine de cette peinture, il y a deux photos. Celle de ma fille à 5 ans en vacances, et pour la première fois sur un lac, à Bromont, et la photo de paysages encore un peu sauvage de Djerba.  Je le précise car je veux que la peinture soit ancrée dans une réalité vécue. C’est toujours à partir de telle ou telle situation d’un être pris par le monde, dans un temps donné, que se créent des points de rencontre avec la peinture.

2021

Les milles nuits

Le projet Les milles nuits à pour référence essentielle le monde arabe, son passé, sont présent. En m’emparant de la culture orale et légèrement des comtes populaires, j’essaye de donner une lecture poétique de l’actualité et de la quotidienneté auxquels sont soumis les individus,  tenaillés par l’espoir, l’affliction et la cruauté.

Il manque une nuit aux Milles et une nuit, ce qui la rend interminable. Obscure depuis longtemps et pour longtemps encore.

2020

/Projet 2020 : La meute et le palais Deux murs sont en vis à vis. Le premier est constitué de chiens qui forment une meute. En face, plusieurs éléments forment un palais fictif :  un buste sculpté, photographié à Carthage, sans bras, ni tête, ni jambe ; une  tête avec un encensoir, sans corps, également provenant du musée de Carthage, coupée au niveau des yeux ; des palmiers nains, plante décorative qu’on retrouve le long des avenues aux abords du palais mais aussi dans les jardins. Ensemble, ils reconstituent les décors d’un lieu de pouvoir : le palais. C’est l’histoire de la prise du palais de Carthage par la rue. Pour ceux de ma génération, Carthage était le lieu impénétrable du palais présidentiel, centre du pouvoir dictatorial de l’ancien chef de l’état Ben Ali. Carthage symbolisait pour nous la violence de l’état, de la classe dominante. Sans doute elle est la ville actuelle en Tunisie où le niveau de vie par habitant est le plus élevé. Lors de la révolution de janvier 2011, Carthage fut prise encore une fois. On aurait pensé par le peuple cette fois… Mais elle s’est aussitôt refermée sur elle-même, tombée dans les méandres de la corruption et du populisme.
/Projet 2020 : La meute et le palais /Contexte   Le monde commence pour moi à Carthage. Cité Punique fondée aux environs de 814 AV.  J.-C. par des colons phéniciens (Tyr, actuel Liban). Carthage c’est d’abord une constitution, aussi une puissance agricole et militaire. Elle fut de fait un carrefour entre l’Orient, l’Afrique et Rome. Étymologiquement, Carthage signifie « Nouvelle Ville » (ironie du sort ou présage ?). Elle n’a pas su faire l’économie de tensions avec les peuples autochtones, et c’est ce qui fut, probablement, la réelle raison de sa chute, et de sa destruction en 146 AV. J.-C par Rome. Les civilisations s’y sont ensuite succédées… Romain, Vandales, Byzantins, Arabes, etc. Pourtant, jamais elle n’appartint aux autochtones. Il faut se remettre dans le contexte des dictatures arabes pré-révolution : après tant d’années de dictature et de protectorat français. C’est pourquoi cette expérience de la révolution fut d’une absolue beauté, d’une absolue libération. Car c’est un tabou qui est tombé : il est possible de renverser un gouvernement politique, par la force. Il est possible d’affronter collectivement la mort. Et il est possible d’avoir un mot à dire sur son avenir. Du moins en théorie. À cet instant, nous le pensions encore.  

Végétal 3

Études

études autour de la série Venus&Venus (parents et enfants )

2019

Venus & Venus

Au commencement du projet, j’avais imaginé une femme étendue dans l’ombre, au bord d’une route au milieu de nulle part, en lisière de forêt, qui aurait pu avoir un accident ou avoir été abandonnée dans la nuit. L’idée a évolué et est devenue la peinture d’une femme dans la nuit, ou dans un vide sombre, sous un ciel comme surplombée par des planètes, une lune/œil, étrange soleil. Le rêve, le fantasme, aussi la sexualité y sont un don de soi à la nature, liant la vie à la mort, dans le cycle qui va de l’enfantement à la disparition. Cette peinture a donné naissance à une série Venus & Venus abordant les questions de l’individu, homme, femme, enfant, dans  la cosmogonie, perdu dans ses actions bénignes, lorsque le désir est sous l’influence d’une machinerie cosmique. J’ai de nombreuses fois visité les sites archéologiques gréco-romains en Tunisie dans mon enfance, on peut y retrouver cet écho lointain, première référence à l’Olympe. On y trouve encore de nombreuses statues en marbre blanc, de dieux, déesses. Au fil du temps, elles se sont brisées. Comme un double de nous-mêmes, elles nous renvoient à nos identités perdues dans les remous du temps. Leurs corps, accomplissant des actions, sont pétrifiés.

Olympia

Olympia combine au départ corps nu et végétaux, et se réfère probablement aux œuvres de Gauguin en Polynésie, notamment l’allégorie D’où venons nous, où allons-nous. On y voit des corps à moitié nus en lisière de forêt. Le tableau parle de la traversée de la vie, de la naissance à la mort, et au centre, il y a Ève. Gauguin se réfère lui-même à l’art autochtone polynésien, mais aussi à l’art égyptien, aux allégories bibliques, etc. J’ai voulu m’approprier cette vision primitive du paradis, toujours énigmatique et fascinante. L’Éden, aussi bien que l’Olympe, au bout du monde, sont inaccessibles. Cette traversée, j’ai voulu la voir comme un effort sportif : plus parcours d’obstacle que traversée ; luttes intimes contre soi-même et pour les autres. L’effort produit des intensités variables, des forces de contradictions et de contractions, d’étirements, des chutes, des aveuglements, des démembrements.