Le contexte :
Carthage, cité Punique fondée aux environs de 814 AV. J.-C. par des colons phéniciens (Tyr, actuel Liban) était une puissance agricole et militaire, et de fait, un carrefour entre l’Orient, l’Afrique et Rome. Étymologiquement, Carthage signifie «
« Nouvelle Ville ». Son oligarchie n’a pas su faire l’économie de tensions avec les peuples autochtones, et c’est ce qui fut, probablement, la raison de sa chute, et de sa destruction en 146 AV. J.-C. Les civilisations s’y sont ensuite succédé, romains, vandales, byzantins, arabes, etc., jamais elle n’appartint aux autochtones.
Pour ceux de ma génération, Carthage était le lieu impénétrable du palais présidentiel, centre du pouvoir dictatorial de l’ancien président Ben Ali. Carthage symbolisait pour nous la violence de l’état de la classe dominante. Sans doute elle est la ville actuelle en Tunisie où le niveau de vie par habitant est le plus élevé. Lors de la révolution de janvier 2011, Carthage fut prise encore une fois. On aurait pensé par le peuple cette fois. Mais elle s’est aussitôt refermée sur elle-même, tombée dans les méandres de la corruption et du populisme.
Le projet (non installé) :
Deux murs sont en vis-à-vis recouverts de petites peintures, huiles sur papier. Le premier est constitué de la répétition de la même image de chien, qui, ensemble, forme une meute. Sur le mur opposé, selon le même principe, une même image (buste photographié à Carthage) démultipliée représente les colonnades d’un palais fictif. Plus précisément, ce deuxième mur, en face de la meute, est constitué des images d’un buste sans bras, ni tête, ni jambes ; d’une tête avec un encensoir sans corps, coupée au niveau des yeux, également provenant du musée de Carthage ; des palmiers nains, plante décorative qu’on retrouve le long des avenues, mais aussi dans les riches jardins. Ensemble, tous ces motifs reconstituent les décors d’un lieu de pouvoir. Le projet consiste donc à recréer cet évènement que fut la révolution en Tunisie en me servant, entre autres, d’images d’objets du passé.