Ce projet a pour thématique le paysage sensible. Paysage, qui, pour devenir corrélatif à l’expérience j’ai de lui, doit être multidimensionnel. D’abord il y avait des photographies prises en Tunisie et d’autres prises au Québec, certaines étaient récentes, d’autres anciennes de plusieurs dizaines d’années.
Le bord désigne une frontière entre deux espaces : ceux qu’on connait et ceux qu’on imagine. Un bord sépare le brouhaha du monde des faits qui nous concernent intimement. D’où nous vient alors ce désir de tutoyer ces limites, si ce n’est parce qu’on veut toujours voir un peu plus loin, un peu plus haut, un peu mieux. La peinture est intrinsèquement liée à ce tutoiement des bords dans le sens où il s’agit de vouloir mieux voir le monde.
Dans cette série de paysages, l’ici et l’ailleurs se juxtaposent sans se mélanger. Le motif central des tableaux ne laisse entrevoir le fond que par les bords, le premier plan et l’arrière-plan s’excluent frontalement. Le contour des choses dessine des limites où la matière intérieure, des plaines, des murs, est traversée de forces vives, excluant des plans où d’autres forces agissent. Enfin, tout ce qui semble désordonné est contenu par des limites géométriques.
À l’occasion de l’exposition, certaines toiles ont été associées de façon à interagir selon la même logique, mais aussi avec l’espace atypique du lieu, angles, colonnes, tuyaux d’aérations. L’exposition a pris forme à la suite de belles discussions avec Sébastien Cliche, qui en était en partie commissaire.






